Place Analytique

Place Analytique est le nom choisi pour l’espace de travail ayant comme activité l’élaboration autour de la clinique analytique.

Il s’agit d’un espace ouvert, à plusieurs, proposé aux intéressés à l’élaboration autour du savoir du psychanalyste.

Remarques sur les limites de la « place psychanalytique »

Au cours des discussions préliminaires à la création de Place Analytique, quelques remarques sur les limites de l’initiative avaient été avancées. Elles sont ici publiées dans la formulation d’alors, avec de seules corrections grammaticales et typographiques.  .

« Il est tout à fait clair qu’il y a des mordus […] je veux dire que c’était pas une façon de se faire valoir à la Sorbonne que de résoudre les problèmes de la cycloïde, qu’il y avait, comme ça enfin… temps miraculeux, temps que je voudrais voir se reproduire, n’est-ce pas, sous la forme des psychanalystes, je voudrais y voir se reproduire cette espèce de République, n’est-ce pas, qui faisait que Pascal correspondait avec Fermat, avec Roberval, avec Carcavi, avec des tas de gens […] qui étaient tous entre eux pour ceci […] qu’il y avait des gens qui désiraient plus en savoir à propos de ces choses invraisemblables […] : la cycloïde. […] Rien que le fait qu’ils aient été mordus par ça, qui, croyez-le, à ce moment-là, ne rapportait rien auprès d’aucun seigneur, n’est-ce pas, qui leur faisait leur réputation, leur truc, strictement entre eux, n’est-ce pas, ils ne sortaient pas de là. Bien sûr, de là est sortie votre télévision — cette télévision grâce à quoi vous êtes définitivement abrutis — bon, mais enfin ils ne le faisaient pas pour ça. Ils ont fourni à l’objet (a), bien sûr, mais justement c’était sans le savoir […] ils l’ont d’autant mieux réalisé que, sans savoir où ils allaient, ils sont passés par la structure, par la structure que je vous ai dite, à savoir ce bord du Réel. » Jacques Lacan, Le Séminaire, livre XXI, Les non-dupes errent, séance du 9 avril 1974, inédit.

Cette place se situe à partir de l’invention de la psychanalyse par Freud et de ses conséquences de discours proposées par Lacan.

Par conséquent, elle ne va pas sans l’École, qui contraste avec les formes associatives qui la précédaient, et, du coup, elle s’y inscrit comme étant soutenue au départ par des membres de l’EPFCL, cela pour affirmer le passage de la psychanalyse au discours psychanalytique, c’est-à-dire au discours qui la soutient selon sa structure, tout en lui permettant de penser d’autres discours qui structurent l’expérience humaine.

Cette place se veut donc à la disposition de ceux et celles qui sont pressés de penser les conséquences des dits de la psychanalyse sans limitation d’appartenance à un groupe particulier ; elle fait donc retour sur un espace ouvert dont la seule limite politique est de reconnaître que l’École a produit la possibilité de son existence via les rencontres et la discussion de ses travers.

Le nom « place » témoigne d’ailleurs bien d’un caractère ouvert et même subversif par l’imaginaire qu’il introduit. La seule règle pour en juger la pertinence sera d’évaluer le nouage avec l’imaginaire, d’une part du réel qui est en jeu pour la psychanalyse, d’autre part du symbolique qui la structure en tant qu’ordre de discours, c’est-à-dire, encore une fois, par ses conséquences.Pour les interroger, il nous faudra le support des autres discours : celui de l’Hystérique pour sa portée subjective, celui du Maître pour la discipline nécessaire à chaque lieu partagé et celui de l’Université pour la rigueur dont il soutient le semblant de savoir. Les trois valets ci-dessous (dont le service est indispensable pour donner sens à notre discours), supportés d’une fonction, vont nous permettre de formuler, avec quelques collègues, des propositions issues de l’expérience :

1. la subjectivité qui interroge le discours pourra être celle de celui qui pratique la psychanalyse en tant que clinicien ainsi qu’en tant que patient (on gardera en réserve les termes d’analyste et d’analysant) ;

2. les responsabilités seront permutantes, sauf celle de création de la place, qui revient aux fondateurs et à l’École qui en a permis les conditions de possibilité. L’oubli de cette responsabilité aboutira à la dissolution de la place ;

3. un minimum de rigueur théorique et/ou pratique sera requis de chaque intervenant dans la place ;

4. la fonction de l’écrit sera garante de l’effet de discours.

Andrea Dell’Uomo 

19 février 2018